Et si on demandait l’avis des profs de prépa ? Professeur de lettres et de cinéma, Olivier Maillart enseigne en classes préparatoires depuis dix ans – principalement le cinéma ; il est aujourd’hui en poste à Sèvres, au lycée Jean-Pierre Vernant, où il fait cours aux classes d’hypokhâgne et de khâgne en option ou spécialité cinéma.

Pour beaucoup de familles, la classe prépa reste la voie royale – mais aussi une orientation qui fait peur. Durant les dernières années, as-tu eu beaucoup d’élèves pour lesquels l’année s’est mal passée ?

Il y en a eu quelques-uns, mais pas beaucoup. Je dirais qu’on peut s’attendre à deux ou trois abandons par an… Certaines années, personne n’abandonne. Mais cela dépend beaucoup des exigences et de l’ambiance. Je n’ai enseigné que dans ce qu’on peut appeler des prépas « familiales », à Sèvres les élèves sont environ vingt-cinq en hypokhâgne, et vingt-cinq en khâgne ; on les materne. Dans d’autres prépas, mieux classées, qui briguent des pourcentages de réussite importants aux concours, il y a soixante-dix élèves en début d’année, mais la moitié abandone en cours de route.

On dit aussi qu’en prépa les élèves sont mieux accompagnés, qu’on fait beaucoup de méthodologie. C’est le cas ?

Vu nos effectifs, on a un fort taux d’encadrement. On est environné de classes préparatoires plus prestigieuses, dans une région où il y a beaucoup de prépas ; on prend des élèves en moyenne plus faibles que dans les grandes prépas parisiennes. À Sèvres, ce n’est pas la même approche. Ils sont toujours au lycée, mais les exigences changent : dans beaucoup de lycées, on ne leur demande malheureusement plus grand chose… Or nous les préparons à un concours qui demeure très exigeant. Au premier semestre, on fait une remise à niveau. En fait, le niveau de départ n’est pas si important, on peut prendre tout le monde, par contre il faut que l’élève joue le jeu. Il accordera toujours beaucoup d’importance aux notes obtenues, mais il ne faut pas s’arrêter à celles-ci. Nos élèves ne sont pas tous excellents, mais il y a de très belles progressions. On a trois ou quatre excellents élèves par promo – il y a de très bons éléments dans mes classes, je leur dis qu’ils sont meilleurs que moi à leur âge ! L’an dernier, on a eu un reçu à l’ENS Lyon, et un à Ulm.

Et le reste de la classe, que devient-il ?

La prépa littéraire a beaucoup de débouchés, maintenant. La banque d’épreuves a changé la donne. Ils peuvent passer l’école des Chartes, certains IEP, entrer dans des écoles de traduction ou de journalisme, des écoles de commerce… De nos jours, ils envisagent rarement de devenir enseignants. Ils aiment étudier, ils aiment les lettres, mais ils ne souhaitent pas forcément en faire leur métier.

Ils sont arrivés en prépa avec des objectifs précis ?

La plupart des élèves viennent en prépa parce qu’ils ne savent pas quoi faire après le bac. Et c’est une excellente idée ! La prépa permet une maturation. Régulièrement, on en repêche courant septembre, qui n’ont pas aimé la fac qu’ils avaient choisie (ou dans laquelle ils avaient atterri). La fac peut faire figure de repoussoir pour eux, la prépa constituant une échappatoire. On peut mieux y faire notre travail… alors que beaucoup se seraient noyés, à la fac.

À Sèvres, beaucoup viennent pour le cinéma ; ils prévoient de passer plus tard les concours des écoles de cinéma, même si la banque d’épreuve n’en contient pas. Ils peuvent préparer Louis Lumière, la FEMIS… même si ce n’est pas un débouché officiel de la prépa littéraire.

marche après marche…

Tu as suivi les parcours académiques de tes anciens élèves ?

Je ne suis pas à Sèvres depuis assez longtemps pour savoir ce que deviennent les étudiants. À Cherbourg, en revanche, on faisait un suivi sur cinq ans après la prépa. Les parcours sont très variés. Il y a des étudiants qui deviennent enseignants, d’autres qui vont dans les IEP, d’autres qui deviennent traducteurs, journalistes, etc. On a parfois des choses plus originale. Par exemple, une jeune fille a fait un master aux Arts et Métiers, en Management Culturel. Le suivi effectué montre que les parcours post-prépas sont très variés.

Aux grands concours, il y a beaucoup plus de candidats que d’admis. Une idée reçue tenace est que les élèves de prépa étant par conséquent en concurrence, l’ambiance est très dure à supporter. Cela correspond-il à ce que tu as observé ?

À Cherbourg, je me souviens que l’une de nos élèves avait été portée en triomphe par ses condisciples à travers tout l’établissement quand ils ont appris qu’elle était admissible à Normale Sup ! Il y a des établissements ou les gamins se mentent, refusent de se passer leurs notes… l’ambiance dépend beaucoup de ce qui est toléré ou encouragé par l’institution. L’une de mes élèves a intégré l’an dernier, elle cubait (faisait une deuxième khâgne) chez nous après deux ans dans un grand établissement parisien – un établissement qui prend soixante-dix élèves au départ mais n’en garde que la moitié en deuxième année. Elle a pu comparer les deux ambiances, c’est très différent. Ses camarades restés à Fénelon se moquaient d’elle quand elle a décidé de cuber à Sèvres, mais elle a brillamment intégré quand même !

Est-ce que la prépa est réservée aux meilleurs ? 

Notre objectif est plutôt de faire progresser tout le monde, y compris les élèves au profil « moyen ». 

Y a-t-il des spécialités qu’il faut avoir suivies ?

Non. Dans ma prépa, on prend toutes les spécialités, tant que c’est un bac généraliste.

Quelles qualités sont nécessaires pour réussir en prépa ? 

Être bien organisé. Endurant. Prendre le rythme tout de suite. La curiosité, la capacité à faire des liens entre les matières, les œuvres. Les plus futés y arrivent. Ils commencent à créer des connexions. Et surtout bien dormir !

Y a-t-il des élèves auxquels tu déconseillerais la prépa ?

Les paresseux.


Étape 1 sur 2

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