❌ Les neuromythes en éducation : discerner le vrai du faux

Au cours des dernières années, les progrès réalisés dans le domaine de l’imagerie médicale appliquée au cerveau humain ont suscité un enthousiasme allant bien au-delà de la communauté scientifique. Experts de l’éducation mais aussi personnalités politiques voient dans les neurosciences une source de progrès pour construire l’école de demain, plus égalitaire et plus efficace. Fort d’un vrai succès médiatique et d’un intérêt populaire croissant, le concept de « neuro-éducation » est né. Mais loin de la prudence et des précautions d’usage dans la recherche scientifique, ce concept s’accompagne d’un cortège d’idées reçues : ce sont les neuromythes.

Dans cet article, nous vous expliquerons le concept de neuromythe et en détaillerons les exemples les plus couramment partagés.

Sommaire

Le neuromythe : définition

Par neuromythe, on entend une connaissance erronée sur le fonctionnement du cerveau humain.

Certains de ces mythes bénéficient d’un fort taux d’adhésion dans la population, et notamment chez les enseignants. Cela est compréhensible : l’idée que le cerveau, organe mal connu, dispose de capacités presque illimitées est séduisante. De même, l’idée de pouvoir catégoriser les individus selon leurs caractéristiques cérébrales est rassurante, car elle nous protège contre la contingence et le hasard.

Il est fréquent que les mythes ou croyances autour du cerveau soient recouverts d’un vernis scientifique, avec une étude à l’appui. Le problème n’est pas l’existence de ces études scientifiques, mais leur interprétation. En effet, les objectifs, la méthodologie et les résultats peuvent être mal compris, détournés ou simplifiés à l’excès. Il peut également s’agir d’études anciennes dont les résultats ont été, depuis, invalidés par des recherches plus poussées. Prenons l’exemple de « l’effet Mozart » : dans les années 1990, une étude a établi un lien entre l’écoute quotidienne de musique classique et un Q.I. élevé. L’idée, plutôt plaisante, a été largement reprise par les médias sous le nom « d’effet Mozart ». Au point que le gouverneur de Géorgie, en 1998, a investi plus de 100 00$ pour promouvoir la musique classique auprès des jeunes mères. Problème : aucune étude ultérieure n’a permis de confirmer ce résultat…

Comme les légendes urbaines, les neuromythes sont persistants. Souvent véhiculés par les réseaux sociaux ou par des médias vulgarisant sans scrupules, ils s’amplifient au fur et à mesure de leur diffusion. Parfois même au point de se transformer en opportunité économique pour des entreprises surfant sur ces modes !

Voici un résumé des quelques neuromythes les plus communément partagés !

Neuromythe n°1 : nous n’utilisons que 10% de notre cerveau

Nous tenons là le neuromythe le plus populaire, rendu célèbre par certaines superproductions hollywoodiennes (Lucy, Limitless) relevant de la pure science-fiction. Des enquêtes ont même montré que cette idée était partagée dans la communauté des enseignants. Entre nous, qui n’a jamais eu l’intime conviction d’être un génie au potentiel inexploité ? Ou rêvé de mobiliser toute la puissance de son algorithme cérébral pour bouger les objets à distance, telle la Mathilda de Roald Dahl (télékinésie) ?

Malheureusement, il a été démontré par le neurologue Barry Beyerstein que l’homme exploitait chacune de ses zones cérébrales. Les techniques d’imagerie médicale montrent que le cerveau est constamment stimulé, même durant notre sommeil ! Et pour information, le cerveau consomme 20% des dépenses énergétiques du corps humain pour seulement 2% de sa masse. Si un organe aussi gourmand en énergie n’était exploité qu’à 10% de ses capacités, vous pensez bien que l’évolution se serait chargée de le raboter…

Neuromythe n°2 : On n’apprend bien que dans son style d’apprentissage

Etes-vous auditif, visuel ou kinesthésique ? Nous avons tous privilégié pendant nos études l’une ou l’autre méthode d’apprentissage, que nous pensions plus efficace. Or, il ne s’agit que de préférences liées à une modalité sensorielle (ouïe, vue, toucher) et non de modes d’apprentissage propres à chaque individu. Aucune étude n’a démontré de lien entre la modalité sensorielle utilisée et l’efficacité de la méthode d’apprentissage. En revanche, il convient de tenir compte de la sensibilité des élèves et de combiner plusieurs manières d’enseigner.

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Neuromythe n°3 : Le « cerveau gauche » et le « cerveau droit »

L’opposition entre les créatifs et les scientifiques est vieille comme l’école. Même au sein des fratries, il n’est pas rare de voir les uns étiquetés « matheux » et les autres « littéraires ». A l’appui, on entend parfois l’argument scientifique suivant : certains seraient plus « cerveau droit » (créativité, imagination) et d’autres plus « cerveau gauche » (logique, mathématiques). Or, cette croyance provient d’une mauvaise interprétation de résultats d’études en neurosciences. Les deux hémisphères sont connectés en permanence et travaillent simultanément. Une personne n’est jamais totalement analytique ou totalement créative !

Neuromythe n°4 : Tout se joue avant 3 ans

Comme souvent, l’idée que tout se joue avant 3 ans n’est pas complètement fausse. Au début du XXe siècle, Maria Montessori a constaté que cette période « sensible » correspondait à un pic de réceptivité et d’enthousiasme de l’enfant vis-à-vis de l’apprentissage. Par la suite, les neurosciences ont montré qu’au cours des 3 premières années avait lieu une croissance synaptique très importante, propice à l’apprentissage. Cependant, il est inexact d’affirmer que certains apprentissages (notamment liés aux sonorités propres à une langue) deviennent impossibles passé les 3 ans. Car le cerveau conserve une grande plasticité (il peut continuer à modifier ses connexions synaptiques) et garde donc toute sa capacité d’apprentissage ! La vraie clé est plutôt de susciter l’enthousiasme tout au long du processus d’apprentissage.

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Neuromythe n°5 : La « gym cérébrale »

Certains exercices physiques de coordination amélioreraient l’intégration des fonctions cérébrales des deux hémisphères. Une méthode en particulier, « Brain Gym TM » (conçue par Paul Dennison), comporte 26 exercices visant à rééquilibrer les deux hémisphères du cerveau. Cette croyance ne s’appuie sur aucune recherche empirique de qualité et les hypothèses théoriques ont été invalidées par la recherche.

Malgré l’absence de support théorique solide, le succès commercial de Brain Gym TM est mondial. Certaines écoles du Royaume-Uni l’ont même intégré dans leurs programmes éducatifs ! Notons toutefois que la recherche scientifique a démontré qu’une activité physique régulière permettait d’activer certaines régions cérébrales liées à l’attention et à la concentration des élèves (Masson, 2015). Nul besoin de dépenser une fortune dans des méthodes contestées par la communauté scientifique…

Aujourd’hui, les neurosciences nous apprennent beaucoup sur le processus d’apprentissage. Cependant, il serait prématuré et risqué de vouloir en tirer des solutions pédagogiques en kit et des vérités générales sur l’éducation. Loin des conclusions hâtives et des titres sensationnalistes, la science construit son savoir sur un temps long et sur un processus de recherche rigoureux.

Alors, pour ne pas vous faire avoir :

Méfiez-vous des concepts « trop beaux pour être vrais »

Et vérifiez toujours vos sources !

Pour aller plus loin :

Vous avez besoin d’aide pour progresser ou vous remettre à niveau dans une matière ? Le Bon Binôme vous propose une solution d’accompagnement ajustée à chaque élève.


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Un commentaire sur “Les neuromythes en éducation

  1. Détruire les neuromythes est très utile. Merci pour cet article.

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