Jusqu’en 2020, la grammaire n’était pas évaluée au bac, ou du moins pas directement. Les élèves de lycée pensaient donc que c’était une matière de collège… mais tout a changé ! En seconde et en première, on étudie maintenant des notions de grammaire, qui seront évaluées lors de l’épreuve orale du baccalauréat.

Seulement, la grammaire, c’est vaste. Et l’épreuve de grammaire, orale, dure deux minutes ! Alors, faut-il miser sur la grammaire?

La grammaire au bac : le programme

Le programme est, somme toute, assez restreint. Il contient les notions suivantes, que le nouveau manuel de grammaire du ministère de l’éducation nationale peut contribuer à éclairer :

  • Les accords dans le groupe nominal et entre le sujet et le verbe (Seconde)
  • Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles, modales; concordance des temps (Seconde)
  • Les relations au sein de la phrase complexe (Seconde)
  • La syntaxe des propositions subordonnées relatives (Seconde)
  • Les subordonnées conjonctives utilisées en fonction de compléments circonstanciels (Première)
  • L’interrogation : syntaxe, sémantique et pragmatique (Première)
  • L’expression de la négation (Première)
  • Lexique (Seconde et première) : exercices continus d’exploration du lexique

Nous sommes au lycée : il ne s’agit pas d’avoir une idée « en gros » de ce que peut être une proposition, ni de maîtriser les règles les plus usuelles, mais de pouvoir expliquer une règle un peu moins usuelle, ou de déterminer sans hésitation la nature de telle ou telle proposition. On ne s’attend pas à quelque chose de très complexe : personne n’attend des lycéens une analyse de grammairien. Néanmoins, une bonne maîtrise des règles, l’habitude de se poser les bonnes questions (« pourquoi telle phrase ne suit-elle pas la règle habituelle? ») et de proposer des réponses éclairées (est-ce dû à l’époque, au style, au niveau de langue, un effet voulu ou une tournure habituelle?) sont requises.

Spirale d'escalier
La phrase aussi à son (admirable) architecture !

La grammaire au bac : l’épreuve !

Cependant, un autre talent permettra d’obtenir les points de grammaire : la capacité à relier règle et exemple, à exposer clairement et exhaustivement les résultats de l’analyse de la phrase proposée en s’appuyant sur la règle correspondante. C’est sans doute le plus compliqué !

En effet, l’épreuve (baccalauréat général et séries technologiques) consiste à analyser une phrase (ou une portion de phrase) sous un aspect grammatical donné. Par exemple, il s’agira d’analyser la construction de la phrase : où est la principale, quelles sont les subordonnées, quelle est leur nature et leur fonction, que complètent-elles? Ou encore, comment la négation est-elle exprimée dans cette phrase? Autre question possible : « Etudiez la concordance des temps dans la phrase ».

Qu’on ne se leurre pas : ce sont des questions de cours, il faut donc restituer des connaissances générales – mais aussi montrer à l’examinateur qu’on se les est appropriées en les appliquant à l’exemple donné. L’épreuve de grammaire dure deux minutes… C’est court en soi, mais c’est long quand il s’agit d’analyser une phrase ! Apporter un éclairage général et analyser la phrase dans le détail sont tous les deux nécessaires, et c’est aussi cette aptitude qui est évaluée. Un discours argumentatif solide permettra de faire valoir les compétences linguistiques.

Pour s’entraîner, il faut donc connaître le cours, mais aussi plancher sur des sujets corrigés. On n’oubliera pas que le petit nombre de notions à maîtriser aide à prévoir ce qui peut tomber au bac de français. Les sujets probables ne seront pas légion… les sujets de bac blanc (d’oraux blancs!) peuvent constituer un vivier intéressant.

Alors, c’est payant?

Deux minutes, deux points… Même si réciter le cours et l’appliquer ne semble pas sorcier, beaucoup d’élèves ont envie de ne pas perdre de temps pour deux points. C’est bien dommage ! Deux points d’avance avant d’entrer en Terminale donnent bon moral. En outre, l’exercice nettement moins compliqué que la dissertation. Travailler la grammaire au brouillon, pas plus de cinq minutes, contribue d’ailleurs à enrichir la lecture analytique, qui se fonde sur le fonctionnement du texte.

De toute façon, écrire sans faute et analyser les textes, compétences indispensables pour réussir les épreuves anticipées de français… et bien d’autres (LV2, SVT…), supposent de connaître la grammaire. Il ne reste pas beaucoup à faire pour être capable de produire une analyse valant deux points.

Evidemment, il y aura les irréductibles « nuls en grammaire » qui n’ont jamais réussi à comprendre la différence entre l’attribut et le COD. (Et ceux qui n’ont jamais essayé!) Peut-être, en effet, l’enjeu de deux points, même affectés d’un coefficient non négligeable (les coefficients du français sont les mêmes pour tous), ne suffira pas à les motiver… Pourtant, savoir reconnaître un pronom personnel, identifier les verbes, les adjectifs, les déterminants ou les prépositions, est à la portée de la plupart des élèves de primaire. Cela ne devrait pas intimider des candidats scolarisés en classe de première. Cela fait, la moitié du chemin est accomplie !

Une épreuve politique?

En outre, le poids que le nouveau bac restitue à la grammaire est justifié. En effet, il est bon que le programme rappelle qu’on n’est pas bon en français sans la grammaire. Soyons conscients que que la « sensibilité littéraire » ne s’oppose pas à la « logique scientifique » des matheux, de la chimie ou des sciences économiques ! Au contraire, logique et connaissances théoriques précises font bon ménage avec les matières littéraires. Elles leurs sont même indispensables ! Le cours de français s’apprend – savoir situer Zola, Voltaire ou Yourcenar doit d’ailleurs faire l’objet d’un apprentissage aussi. Les compétences grammaticales se construisent ! A cet égard, l’épreuve de grammaire fait pendant à la suppression du sujet d’invention. Elle diminue le rôle de la chance, celui de l’inspiration et… celui des acquis extra-scolaires, au profit d’un socle qui se construit peu à peu à l’école.



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