C'est pas du travail ! Jouer pour apprendre à l'école | Le Bon Binôme

Travailler, c’est le contraire de jouer : c’est du moins ce qu’on inculque bien souvent aux enfants. Le travail, ça fait mal – le mot vient du latin “tripalium”, un instrument de torture ; le jeu, ça fait plaisir, mais ce n’est pas comme ça qu’on réussit dans la vie… Sauf que si : plus ce qu’on fait nous plaît, mieux on apprend en le faisant. Pourquoi, dès lors, cantonner les jeux éducatifs aux vacances pluvieuses et aux weekends chez mamie ? C’est ce que se demandent de plus en plus d’enseignants, qui introduisent des activités explicitement ludiques dans la classe…

Jouer pour apprendre à vivre ensemble

Une première façon, prudente, d’intégrer le jeu aux activités scolaires, c’est d’y recourir, non pas dans le cadre des apprentissages traditionnels, mais pour développer le “savoir-être” cher à l’école contemporaine.

Puisque le jeu est collectif, et fondé sur des règles partagées, il permet de mettre en place par l’exemple, mimétiquement, des règles de bonne conduite et de vie en communauté. Avec un avantage non négligeable : en jouant, les élèves apprennent aussi à se connaître, à devenir amis. Cela explique le succès des “jeux de rentrée” – d’ailleurs d’usage en entreprise, en mode team building. Des jeux coopératifs traditionnels à l’escape game thématique autour de Harry Potter, le champ des possible est vaste.

De même, l’école peut avoir recours au jeu pour aborder des sujets qu’on ne sait pas par quel bout prendre… comme l’apprentissage de l’anglais au primaire, ou l’orientation scolaire. Côté anglais, il s’agit de jouer en anglais – à Simon says plutôt qu’à Jacques a dit, par exemple. Une offre de jeux en ligne permet si besoin est de trouver des idées. Côté orientation scolaire, l’académie de Paris soutient ainsi Méli-Métiers, je de plateau et d’orientation scolaire. L’Onisep a produit, en 2013, un jeu sérieux pour apprendre à s’orienter. Mais qu’en est-il des pratiques pédagogiques en maths, en français ou en anglais?

Jouer pour apprendre à lire, écrire et compter?

On associe souvent les jeux scolaires à la méthode Montessori, qui en effet y fait appel. On peut trouver en ligne un riche assortiment de jeux Montessori, pour l’école ou pour chez soi. Mais le recours aux jeux s’est généralisé en primaire : l’exercice de maths sera l’occasion d’aider un dragon à sortir d’un labyrinthe, celui de grammaire permettra de colorier une image et de faire apparaître un éléphant ou un palmier.

C’est particulièrement fréquent pour “faire passer” les devoirs à la maison. La pratique en classe d’exercices sur tablettes, via des sites de grammaire, d’orthographe ou de mathématiques, brouille d’ailleurs les frontières, car ils reprennent les codes des jeux vidéos. Pluie d’étoiles et félicitations clignotantes garanties si l’accord du participe passé est maîtrisé…

Des sites dédiés permettent de mieux s’y retrouver. La plate-forme Ludikecole, par exemple, propose une sélection de jeux traditionnels exploitable par les enseignants comme par les parents. Ces jeux sont classées par niveau et/ou par matière – ou plus exactement en fonction du type de compétences travaillées. Abalone pour travailler le déplacement dans le plan, Tic tac boum pour développer son vocabulaire… Cerise sur le gâteau, des fiches permettant l’exploitation pédagogique de ces supports sont fournies.

Jouer pour apprendre : leurre ou panacée?

Le constat est donc évident : on joue à l’école, et/ou pour l’école, et ce tout au long de l’année scolaire, de l’école maternelle au CM2, voire plus tard. On ne considère plus le jeu comme une perte de temps. Est-ce à dire qu’il est pédagogiquement efficace?

Tout dépend de ce qu’on en fait. Par exemple, des enfants apprécient un cours de physique permettant de réaliser du slime phosphorescent. Ils mettent ainsi en pratique de manière ludique des apprentissages de physique et/ou de chimie. Mais ce jeu leur permettra-t-il de mieux comprendre et retenir les notions abordées? Pourvu que le cours exploite correctement la mise en situation ludique, l’aspect amusant sera stimulant et permettra une mémorisation accrue. Si, au contraire, le cours n’exploite pas les résultats obtenus en jouant, les enfants se rappelleront surtout que c’était bien amusant. Ils n’auront probablement rien appris du tout !

De même, jeux de mots, simulations, énigmes, jeux de cartes et autres jeux de société, stimulent l’esprit et évitent la passivité. Mais il faut utiliser ces outils pédagogiques à bon escient. On jouera en plus des apprentissages un peu arides et peu amusants, pas à la place de ceux-ci. C’est souvent ce qui pèche quand un enfant utilise seul chez lui logiciels éducatifs et autres jeux gratuits ! Apprendre l’anglais, par exemple, suppose de réinvestir les apprentissages à court terme qu’ont permis des jeux de vocabulaire, sinon tout s’oublie très vite. Reste évidemment la possibilité de rejouer souvent, mais ce n’est pas la panacée !

Pour conclure…

…Il faut d’abord apprendre ce qu’on met en pratique via le jeu, et réinvestir ce qu’on découvre grâce à celui-ci. Les jeux, s’ils ont leur logique interne, et stimulent celle du joueur, ne remplacent pas une structuration globale des connaissances. En CE2, le coloriage ne fait pas forcément plus envie que les séries de calculs posés à l’ancienne ! Gilles Brougère, professeur de sciences de l’éducation à l’université Paris 13, rappelait déjà en 2006 que le jeu n’éduque que « d’un point de vue informel, c’est-à-dire comme un effet qui accompagnerait cette expérience sans qu’il soit visé. » Autant dire qu’il serait fallacieux de prétendre remplacer le cours par des jeux, tout éducatifs qu’ils soient.


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