Faire ou ne pas faire de l'allemand ? | Le Bon Binôme

Au moment d’entrer en sixième pour les bilangues, en cinquième pour les autres, la question du choix des langues se pose à tous – et on manque souvent d’éléments pour trancher en toute lucidité. L’allemand c’est pour les bons élèves, mais ça ne sert à rien, entend-on souvent… C’est trop dur , mais c’est la langue des philosophes, cela vaut donc le coup…

Silke*, professeur à Paris, est agrégée d’Allemand. Elle nous en dit plus sur ce qu’implique et permet vraiment le fait d’apprendre l’allemand au collège et au lycée.

*Son nom a été modifié

Bonjour, Silke ! Tu enseignes l’allemand depuis une vingtaine d’années, c’est cela ?

En effet, je suis en poste en collège, mais j’effectue chaque année un complément de service dans un autre établissement, car mon collège est de petite taille. J’ai donc enseigné dans beaucoup de collèges et lycées parisiens.

Est-ce que, aujourd’hui, beaucoup d’élèves apprennent cette langue ?

Oui, l’allemand reste attractif ! Il y a toujours un certain engouement pour la matière, soit que les parents des élèves aiment cette langue, soit que les enfants aient déjà fait de l’allemand en primaire… Dans certains établissements, une classe sur trois est germaniste. Mais cela peut varier. Dans les établissements difficiles, en REP (Réseau d’Éducation Prioritaire) par exemple, l’allemand attire parfois beaucoup moins.

Les classes bilangues anglais/allemand sont nombreuses, elles ont d’ailleurs souvent remplacé, dans les faits, l’allemand LV2 ; en tant que professeur de ces élèves, quel retour peux-tu faire ?

Les bilangues, c’est quelque chose qu’il faut absolument défendre. L’apprentissage en sixième est génial, les élèves progressent vite, ils sont motivés, spontanés, c’est le bon âge. Bien sûr, ce sont des élèves qui a priori ne sont pas en difficulté, c’est du travail en plus, ça peut être lourd, mais comme c’est une nouvelle matière, tout le monde commence à zéro ! Et quand il y a des apprentissages de primaire, on peut s’appuyer dessus et sur la motivation des élèves concernés tout en permettant aux autres d’en profiter. À cet âge, on est enthousiaste.

Tu parles beaucoup d’un apprentissage ludique, dans l’enthousiasme… mais un lieu commun sur l’allemand est que l’essentiel pour l’apprendre est de maîtriser la grammaire. Ce n’est pas vrai ?

Bien sûr, la maîtrise de la grammaire peut aider, mais ce n’est pas tout ! Apprendre une langue vivante, c’est une question d’oreille, c’est le plaisir de dire les choses, de communiquer. Alors bien sûr, l’accusatif ça s’emploie souvent pour indiquer la fonction COD, il faut donc comprendre certaines notions grammaticales. Mais c’est simpliste de dire que maîtriser la grammaire serait l’essentiel ! S’ils apprennent que certaines choses se disent comme elles se disent, que c’est comme ça, les enfants peuvent réussir sans. C’est comme le latin : si on l’apprend aussi on peut s’appuyer dessus, sinon tant pis !

On dit aussi que l’allemand, c’est pour les bons élèves…

C’est toujours dans la tête de beaucoup de gens, cette idée. C’est souvent le cas dans mon collège, beaucoup de parents se disent que l’espagnol va être plus simple, comme c’est plus proche du français. Pourtant la grammaire espagnole n’est pas donnée à tout le monde ! Certains parents, par ailleurs, ont peur de ne pas pouvoir aider. C’est vrai qu’en sixième, faire allemand, c’est souvent le résultat d’un choix parental.

C’est vrai que la peur de ne pas être au niveau est souvent là, en particulier dans les zones défavorisées. En REP le pourcentage de germanistes est souvent faible. C’est dommage.

Des parents qui sont attirés par la langue elle-même, ou par d’autres avantages ? Prendre allemand, c’est la garantie de faire des séjours en Allemagne, non ?

En fait, il n’y a aucune garantie ! Malgré tout, on organise beaucoup d’échanges, beaucoup plus qu’en anglais par exemple. L’OFAG, l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse, propose des échanges individuels en famille d’accueil, de trois ou six mois, le projet Voltaire – six mois – par exemple, ou pour trois mois d’échange le programme Brigitte Sauzay. Comme beaucoup de Français sont intéressés, et moins d’Allemands, c’est parfois un peu compliqué de trouver son correspondant pour ce dernier programme ! Il faut être précis dans ses attentes, entrer en contact en amont, se présenter en détail. On peut partir dès la 4e, suivre des cours en allemand pendant plusieurs mois. Trois mois, c’est précisément le temps qu’il faut passer dans un établissement pour s’y sentir à l’aise, je trouve ça bref, mais pour partir six mois il faut un niveau très solide dans toutes les matières. Dans le cadre du programme Voltaire, on part en mars le plus souvent, en 3e ou en 2de ; en septembre, on accueille son correspondant. Les progrès sont remarquables, j’ai toujours de très très bons échos. Quant aux échanges collectifs, ils sont très fréquents – j’en organise tous les ans.

Château de Neuschwanstein en Allemagne

Autre lieu commun sur l’allemand : est-ce que choisir de faire allemand, ce n’est pas se tirer une balle dans le pied ? On dit que les notes en espagnol sont bien meilleures, au bac comme dans le supérieur !

Je dirais le contraire ! J’ai travaillé en lycée pendant dix ans, et les notes des élèves en allemand étaient meilleures que leurs notes en anglais. On est plutôt généreux, surtout en LV2 ! Au bac, en 2018, à Paris, la moyenne d’allemand en LV1 était de 15,4, et 13,5 en LV2. Difficile de prétendre que les élèves sont pénalisés !

Que fait-on en cours d’allemand ?

Comme dans tous les cours de langue… On travaille sur des sujets spécifiques, d’actualité comme l’environnement, ou liés à la culture et à l’histoire allemande, comme la chute du mur de Berlin. On aborde beaucoup de situations pratiques, la nourriture, le système scolaire, les voyages, les loisirs, la géographie du pays… On fait peu de littérature, c’est une constante de l’enseignement des langues depuis un moment, on privilégie la communication, le vivre-ensemble. En seconde on peut aborder des thèmes plus artistiques, par exemple je travaille sur l’autoportrait de Dürer au selfie, ou sur l’art dit « dégénéré » par les nazis. On étudie des films, il y a de très bons films allemands qui passent presque inaperçus en France, c’est dommage ! Je travaille beaucoup avec l’institut Goethe, et ciné-langues au studio des Ursulines.

Qu’est-ce qui fait qu’on va être très bon ?

La régularité ! Comme dans toutes les langues, la base c’est d’assimiler le lexique ; en allemand, la composition des mots rend peut-être cette tâche plus simple, quand on a compris le fonctionnement. Ceux qui aiment les maths aiment souvent aussi le fonctionnement de l’allemand, le verbe à la fin, les mots composés… on s’appuie sur ce qu’on aime, tout le monde n’a pas le même goût. Mais pour faire la différence, il faut d’une part de l’oreille, d’autre part de la rigueur, de l’organisation. L’attention en classe, la participation active, les efforts de prononciation, vont permettre une imprégnation. Dire, chanter, c’est plaisant, mais c’est aussi indispensable ! Certains élèves ne sont pas très forts à l’écrit, mais se révèlent surprenants à l’oral. On peut travailler seul en s’appuyant sur beaucoup de sites, comme Step into German ou Das Deutschlandlabor. Et, comme en anglais, apprendre en regardant des films et des séries en VO !


Étape 1 de 2

  • Tous nos conseils pour accompagner la scolarité et l’orientation de votre enfant sont dans Ed, la newsletter de l’éducation. Abonnez-vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous recherchez un cours ?

Demandez un devis gatuitement
Besoin de cours particuliers ?
Demandez un devis gratuitement